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Décryptages mode

Bureaux de presse : A la recherche du talent caché

Naf Naf, Bensimon, Petit Bateau… vous connaissez bien ces marques et pourtant, vous ne savez peut-être pas vraiment comment elles sont arrivées jusqu’à vous. Derrière tout cela, à la base du processus, on trouve les bureaux de presse ; des agences chargées du bon développement des marques. Mais pour en savoir plus, on s’est rendues sur place, et on vous invite à nous suivre…

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Alors que de nombreuses marques de vêtements et accessoires fleurissent chaque jour sur le marché, leur pérennité n’est pas assurée. Pour cela, de nombreux bureaux de presse se chargent de les encadrer et de les aider à émerger. Leur mission ? Communiquer un maximum autour afin de les faire connaitre. Une réelle démarche stratégique engagée autour de l’image rendue auprès des potentielles acheteuses.

Mais avant toute chose, l’attachée de presse se doit de recruter un paquet de créateurs à la hauteur. Une quête de talents gorgés d’histoires propices au rêve, à l’engouement d’une communauté. Aujourd’hui, la force créative est plus forte que tout pour se démarquer. Au-delà de la maturité du projet, les bureaux de presse ont besoin de comprendre et d’interpréter la démarche afin de la développer. Selon Catherine Miran, directrice d’un des plus gros bureaux de presse parisiens, il faut envisager la distance entre l’ambition et la réalité. Pour chacun, elle prend soin d’appréhender le chemin parcouru et puise le meilleur de l’histoire qu’ils peuvent rendre. L’enrichissement par les inspirations culturelles et artistiques est ici primordial pour donner une force de base à la collection. Au bureau de Patricia Chelin en revanche, on fonctionne plutôt au coup de cœur. Cette dénicheuse de jeunes créateurs d’accessoires fait en sorte que chacun se complète, afin qu’il n’y ai aucune concurrence.

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Une fois dégoté la perle rare, l’attaché de presse s’occupe d’organiser la vie commerciale de la marque par le biais d’une communication imparable. De la gestion du site internet et réseaux sociaux, à l’organisation d’évènements, en passant par des collaborations avec d’autres marques (pour des collections capsules par exemple…), le tout dans le but de séduire primordialement : les journalistes. Réalisant les sélections de produits présentés dans les pages modes des magazines, les journalistes jouent un rôle majeur dans la diffusion des marques jusqu’aux consommatrices. L’accompagnement est donc général et perpétuel, de la création à l’ascension à l’international.

Somme toute, les bureaux de presse incarnent le tremplin incontournable au bon développement d’une griffe. La relation qui se tisse avec les créateurs et le feeling qu’ils peuvent éprouver constituent une base de confiance essentielle au bon déroulement de leur encadrement. Une harmonie précieuse à la mise en lumière de ces talents, parfois insoupçonnés.

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Décryptages mode

La femme Dior 2014, légère comme une plume

Fraiche, pure, naturelle… c’est une allure légère et fleurie qui se dégage de la collection Haute Couture Printemps-Eté 2014 de Raf Simons, directeur artistique de la maison Dior.

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Presque en apesanteur, les silhouettes vagabondent comme des pistils qui s’envolent au vent. Évoluant au rythme de l’électro au cœur d’une caverne immaculée, la démarche se veut céleste et désinvolte.

En cette saison, Raf Simons nous offre une réelle révolution des formes entre complexité de construction et finesse dans le détail. La sensualité de la femme Dior se retrouve inéluctablement exaltée au travers d’un jeu de transparence de voilages vaporeux, se chevauchant à fleur de peau. Un millefeuille d’organzas de soie ou de cotons fluides, voguant entre superposition de plis et de panneaux asymétriques. L’ensemble paraît flotter.

Au fil des mouvements, les pièces over size se gonflent de légèreté et dévoilent avec délicatesse les détails précieux des dessous. Les ajourés révèlent alors la fragilité végétale, ponctuée par la subtilité des touches d’éclats des sequins. Un pointillisme pétillant au sein de pièces, parsemés de pétales de soie rebrodés. Emergeants de toute part, les motifs alternent entre impressions et travail sculptural de bas relief.

A la fois lâches et structurés, les volumes naissent de basques ou de manches ballon, suivant, et amplifiant les courbes du corps comme des corolles. Les modèles se confondent entre parachutes de noce, et robes à la Watteau. Retombant en lourds drapés, les godets contrastent avec la légèreté aérienne des pièces ajourées.

En vraie princesse actuelle, romantique et insouciante, la femme Dior s’affirme en robes du soir et baskets brodées de sequins. Au summum du chic en combinaisons ou pantalons coupes droites, les formes nettes répondent aux volumes rocambolesques. Du côté de la couleur, la pureté des blancs s’oppose à la profondeur des noirs. Le tout ponctué de notes irisées, or, argentée, roses ou mauves.

Furtive, la silhouette Dior printemps-été 2014 émane de valeurs florales intrinsèques et sait rebondir sur des coupes franches et géométriques innovantes. Une sensualité à la pointe de la modernité.

 

Société

Thigh gap: expression d’une société codifiée ?

A chaque période sa nouvelle mode. Depuis quelques mois, la France a vu arriver tout droit des Etats-Unis la tendance du Thigh Gap, cette obsession des adolescentes à obtenir un écart entre les cuisses, jambes fermées. Considéré comme un nouveau critère de beauté, dans la lignée des clavicules apparentes et des troubles alimentaires liés à l’anorexie, ce phénomène a connu un réel buzz médiatique suite à sa diffusion colossale sur la toile. Ce trouble de l’apparence existait pourtant déjà auparavant à travers diverses formes. Alors pourquoi a-t-il fait son apparition cette année ? Est-ce un phénomène de mode anecdotique ou un véritable danger lié à l’anorexie ?

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Gloire à la maladie

Au sein d’une société où l’on ne cesse de se référer à des critères de beauté relatifs à la minceur, l’adolescente d’aujourd’hui se trouve indéniablement influencée par les icônes du système. Plus que l’idéalisation de la minceur, ce qui triomphe actuellement est le modèle de la femme dénuée de féminité. Et si en ce sens, le Thigh Gap s’apparente au système de l’anorexie, il s’en distingue pourtant sur bien des points.

Ce qui est inquiétant ici, c’est justement qu’il serai une forme de glorification de cette maladie, pour le moins aliénante. Selon le psychiatre-psychanalyste Alain Meunier, spécialisé dans l’anorexie, l’éventualité qu’un tel phénomène puisse mener à la maladie est catégoriquement éloignée en vue des origines plus profondes de celle-ci. L’anorexie mentale traduit littéralement le besoin de contrôle d’une adolescente sur son corps suite à un événement difficile survenu dans sa vie, engendrant une anesthésie de sa souffrance par le jeûne. A l’inverse, pour le psychiatre, le Thigh gap serai davantage considéré comme une forme d’expression de l’adolescence confrontant les jeunes filles au changement de leurs corps et à la quête de leur identité. Il s’apparente aux rituels de vérifications liés à l’anorexie, comme le sont le contrôle de la taille des poignets ou encore des poignées d’amour.

Ce besoin de maîtrise du corps de l’adolescente serai également lié à la dysmorphophobie, nous explique Fazia Khanifi, diététicienne-nutritionniste d’anorexiques. Cette peur d’être laid illustre accessoirement la volonté des jeunes filles à avoir une taille filiforme mais témoigne surtout d’un refus de grandir. En obtenant un Thigh Gap le plus marqué possible, elles gomment inconsciemment leur sexe, soit leur féminité, si difficile à assumer. Ce principe de désexualisation correspond complètement au paradoxe de l’adolescence, période complexe où l’on rêve à la fois de s’émanciper tout en redoutant d’entrer dans l’âge adulte, emplis d’incertitudes. Ainsi, les adolescentes adoptent un système de manifestation conscient et externe lié à l’expression esthétique de leur corps alors que les anorexiques, elles, exposent un mal-être intérieur sans se rendre compte de leur maigreur, souligne le psychiatre.

Un mimétisme rassurant

Si ce contrôle du corps reste étroitement lié à l’anorexie, il s’en détache néanmoins dans sa forme d’expression. Le Thigh Gap serai la conséquence médiatique plutôt que la cause médicale du problème. Aujourd’hui, la diffusion de l’information et sa consommation se sont radicalement développé à travers internet, permettant la propagation rapide de buzz ponctuels, tels que le Thigh Gap. Mais les courants de mode ont toujours existé. Les comportements mimétiques seraient inévitables en vue de la constante observation et comparaison des hommes entre eux. Chacun se construit d’après des modèles de valeurs physiques et mentales. Le médecin pointe ainsi la « pathomimie » soit l’imitation d’une population malade, comme ligament entre le Thigh Gap et l’anorexie. Cette pathologie aurai notamment été observée chez des femmes au 19ème siècle, souhaitant ressembler aux bourgeoises atteintes de tuberculose, pour leurs symptômes de beauté. Selon lui, les gens ont toujours suivi les comportements des personnages forts de leur temps. Il évoque précisément que la mode aurai changé à partir de Sissi l’Impératrice, première anorexique reconnue, amenant avec elle la tendance de la minceur. Les critères de ce canon de beauté se sont transmis jusqu’aux personnages iconiques d’aujourd’hui, toujours à la tête des tendances. Ainsi, les stars anorexiques actuelles telles que Cara Delevingne, Lady Gaga ou encore Nicole Richie influencent nombre de jeunes filles en quête de minceur, et de Thigh Gap ! Les adolescentes trouvent en ces personnalités un exemple à suivre au sein d’une période qui leur est difficile et où elles se retrouvent perdues face aux changements de leurs corps. Se rattacher à des modèles les rassures et les aides à se fondre dans la masse sans être confrontées à la réalité de leur évolution. A contrario, notons que l’anorexie n’est jamais une imitation de quelqu’un, insiste le psychiatre. Ce mal-être intérieur est personnel.

L’encouragement social

 Et s’il peut être intime, leur trouble éprouve néanmoins le besoin de s’exprimer. Ce sentiment d’appartenance à une communauté, de nos jours, les anorexiques le retrouvent facilement à travers les réseaux sociaux. Elles peuvent enfin communiquer sans contraintes sur leurs fonctionnements et partager leurs habitudes entres-elles. Fazia Khanifi nous rappelle que les anorexiques, souvent en manque d’amour, recherchent cette entraide pour se rassurer.

Le rôle de ces groupes est souvent remis en question lorsque l’on aborde le problème du Thigh Gap. A travers tous ces modes d’emplois de l’anorexie parfaite, les adolescentes adulant ces personnages « malades » ne peuvent que mieux leur ressembler. Prenant exemple jusqu’à s’identifier totalement aux anorexiques, ces jeunes filles vont alors développer les mêmes obsessions et se fondre dans la masse de leurs réseaux sociaux. Encouragées par les « likes », « partages » et « commentaires », elles ne cessent de mettre en comparaison leur évolution par des images témoignant de leur course à la minceur.

Si aujourd’hui le Thigh gap fait autant le buzz alors que tout existait déjà avant, c’est bel et bien du fait que ces réseaux de partages se sont grandement développés ces dernières années. Ils agissent comme des metteurs en scène de cette glorification de l’anorexie, amplifiant le phénomène de mode sans se rendre compte de la puissance de leur impact sur les jeunes filles.

Dans une société où la maigreur est devenue un critère social, les adolescentes sont souvent influencées et conditionnées par des codes de minceurs suggérés par les modèles auxquelles elles se rattachent. L’évolution des nouvelles technologies et notamment des réseaux sociaux n’est qu’un facteur de plus, facilitant les échanges et le déploiement de dérives telles que le Thigh gap. Ce qui à la base ne correspond qu’à un phénomène de mode insignifiant peut ainsi déboucher sur des conséquences bien plus graves. Il est d’ailleurs nécessaire d’apporter une grande vigilance à l’installation des rituels dans de telles situations, met en garde Alain Meunier. Mais comme toutes les modes, elle passera, assure le médecin ; et deviendra tristement une autre.