Mes looks préférés de la Fashion Week pour l’hiver 2019-20

Cette dernière Fashion Week, les nouvelles tendances se sont dévoilées pour la rentrée prochaine. Du féminin, du trappeur, du tailoring… de quoi se façonner un look hivernal varié et personnalisé.

Et je commence par ce qui me tarde le plus d’adopter : le trappeur – workwear. Ces silhouettes pratico-protectrices aux allures montagnardes, à la fois stylées et confortables. On les a vues sous forme de bombers et peaux lainées accumulés, aux teintes kakis et camouflages imprimés, mais aussi en silhouette mini-maxi, avec des capes longues recouvrant des mini shorts et chaussures de marche. Grands cols, grandes poches, gants de protection et rangers seront donc de mise pour l’hiver prochain.

Pour plus de rigueur cette fois-ci, on revisite le smocking masculin à sa façon, version bourgeoise 70’s avec pantalon flare ou jupe culotte et sous pull nude sous la chemise, version rétro à carreaux pour un style plus preppy, ou carrément en silhouette plus street en accumulant doudoune, casquette et paire de baskets. On joue sur les pièces matelassées et les superpositions pop pour un look résolument nouveau. Pour un côté rétro, les costards se pareront de carreaux, motif inconditionnel de la saison. Style écossais, pour une mode anglaise aux teintes marron glacé, ou plus graphiques, ils mixeront leurs lignes et leurs couleurs pour nous habiller. Parce que le tailleur-pantalon sera partout cet hiver et qu’il ne sera pas forcément strict à porter.

Pour adoucir et féminiser cette grosse tendance, on mise sur les couleurs claires et pastels. Le blanc d’hiver sera à l’honneur cette saison en total look ou matché avec des nudes, tandis que les pastels joueront entre mauve, jaune pâle, bleu ciel, et vert menthe à l’eau. Et pour encore plus de légèreté, satins, mousselines et transparences viendront se confronter aux matières plus lourdes telles que cuirs et flanelles.

Côté féminité on sera servis, avec un cocktail de paillettes toujours au rendez-vous. Sequins, lamés, ou lurex… les irisés contrastent les looks moroses avec lumière et pep’s, pour des silhouettes très 80’s. Dans l’excentrique, on n’hésitera pas aussi à tester les imprimés floraux placés, très arty… mélangés à quelques couleurs pop, ces végétaux deviennent presque Pollock.

Pour accessoiriser tout ça, cette saison on mise sur une panoplie de couvres-chef : chapeaux cloches, casquettes, ou calots… viendront recouvrir petites lunettes, grosses ceintures et gants de cuir. Aux pieds, on se protège avec des cuissardes fourrées à la ville et des rangers de marche pour les champs. Résolument, la mode n’a pas fini de nous surprendre.

Mes tendances préférées pour l’été 2019

L’heure est au debrief des tendances ! La Fashion Week fraichement passée, allons voir ce que nous allons porter l’été prochain. Et c’est un plaisir de voir que nous allons vers toujours plus de simplicité, de praticité et de confort au fil du temps. En effet, pour la saison prochaine, on sublime la féminité dans des matières naturelles, des coupes fluides et des couleurs claires pleines de fraîcheur.

Chez nombre de créateurs (Chanel, Sacai, Dries, Ferretti…) on va explorer les manières de nouer, par cordages ou attaches, multiplier les poches et les couches protectrices, pour arriver à une silhouette baroudeur worker sophistiquée bien recherchée. En pièces phares sur le podium, on retrouve : des combi pantalon, des sweats, des bermudas/chaussettes hautes… que l’on n’hésite pas à accessoiriser de bob lacés, maxi-capuches, ceintures cordes, maxi-bananes et toutes choses pouvant se nouer autour de la taille. Les lanières sont libres et retombent sur la silhouette en mouvement tel les franges d’un filet bien coupé.

Des franges qui font leur grand retour d’une manière générale, pour un côté plus gypsy cette fois. La bohème n’a donc pas fini de nous inspirer pour des looks bab seventies explorant tie & dye, crochet et patchwork de jeans en tous genres, chez Dior ou Chloé. Du béret, aux pantalons flares trop longs chez Acne Studios, ponctués de petites lunettes coeur chez Saint Laurent, ou des bandeaux foulards chez Philosophy… on veut une dégaine peace and love.

Une tendance qui donne presque envie de s’exiler dans les champs le temps d’une saison… parmi laquelle voilages, plissés, et matières naturelles se côtoient pour parfaire les silhouettes. On ose ainsi les chemises longues et les maxi blouses, dans des couleurs fauves chez Valentino, des blancs francs et des dentelles brutes chez Galliano. Les accessoires se parent de paille, et les imprimés fleuris trouvent leur place sur des silhouettes bohèmes ou plus excentriques chez Dolce & Gabbana. Une atmosphère qui donne envie de se laisser aller à danser…. car dans les herbes hautes ou à la ville, la danse prend une place très importante cette saison.

Chez Dior, le show lui même nous plonge dans cet univers fantastique. Quant aux silhouettes aux justaucorps de maille souple et aux voilages plissés, la tendance est bien ancrée. On a dès lors envie de ballerines lacées, de caches-coeur vieux roses et de bandeaux dans les cheveux pour un corps raffiné et mis à l’honneur.

Sans contrainte, la mode féminine s’épanouie dans la douceur des matières et nous offre un panel de mailles douillettes à explorer. De la maille filet chez Sonia Rykiel, à la maille cocon chez Victoria Beckham, aux manches décuplées chez Vuitton… on n’a pas peur de la démesure dans le rapport au corps. On mix ainsi le confort à la féminité par des dessous-dessus soulignant les formes et en en créant d’autres.

Côté plage, les aventurières s’y retrouveront aussi, car en dessous des mailles filets ou des sweats douillets on retrouvera des body zippés sport et des cordages en rappel au côté pratique des worker. On travaille les matières éponges et les body-sweat chez Philosophy, les body cyclistes chez Nina Ricci, et les retours de plage mixant tailleurs structurés et maillots sexy chez Sportmax. Comme quoi, on peut passer du surf au boulot en un clin d’oeil. Avec ça les filles, on a de quoi faire pour être libres et actives de faire ce que l’on souhaite pour l’été prochain !

Pour finir sur une note plus girly et glitter, je ne peux passer à côté des éventails pailletés de Céline ou des poupées poudrées de Miu Miu qui nous amènent un peu plus de légèreté, mais surtout, je ne peux passer à côté de Marc Jacobs dont j’admire l’ingénuosité de nous surprendre chaque saison. Cette année encore, ses silhouettes démantes aux collants lurex parsemées de fraises et fleurs en tulles nouées par des rubans raffinés me laissent sans mots. La démesure de ses volumes, la magie de ses couleurs, nous portent dans un monde entre pierrots et poupées fantasques. C’est beau de rêver encore tant.

Lady’s Out – Elegant Magazine

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Photographer : Clémentine Passet
Stylist : Clémence Guillerm
MUA : Camille Lutz
Hair : Karmen Sefer
Model : Ewa @premium
1rst assistant : Léo de Celles
2nd assistant : Géraldine Morat
Digital : Lucie Deltroye
Post-production : Léa Paolantonacci

Thanks to : Brigitte Bardot, Imaï, Polder, Topshop, Maje, Georgine, Mango, Just Fab, Boden, Sister Jane, Bérénice, Les Ateliers de la Maille

…for clothing

A shopper sur : http://elegantmag.com/welcome/

 

 

Ma sélection de tendances pour s’inspirer l’été prochain !

Les soldes d’hiver justes terminés, on peut enfin se concentrer sur les lignes printemps été ! Bail bail la grisaille, permettons-nous de rêver en pensant aux beaux jours qui nous attendent… Et pour faire les bons choix shopping parmi la nouveauté, rien de tel que de s’inspirer des derniers défilés. Allez je vous aide, voici ma sélection décryptée des créateurs phares de la saison !

En 2016, on sera séductrices ! Séductrices romantiques, aventurières, ou sportswears, qu’importe, l’été nous attend fatales et surprenantes. On aime s’y prendre au saut du lit, la lingerie sans dessus-dessous, dans ses soies écrues dentellisées, chez Balenciaga, Céline ou Givenchy. On se joue du romantisme avec des froufrous savamment maitrisés chez McQueen & JW Anderson tandis que les transparences vaporeuses vont bon train chez Dior, Boss, et Rochas.

Plutôt bohème chez Philosophy & Alberta Ferreti, on aime la fraicheur du blanc mixé à l’ethnicité des imprimés. Un style africano que l’on retrouve beaucoup chez Valentino avec ses broderies, franges et plastrons en tous genres. Plus frais encore, Coach et ses mixes d’imprimés liberty ou encore Tory Burch & Blumarine et leurs maxi fleurs brodées sur des rayures layettes : on adore !

Pastels ou blancs de blancs, on garde un style résolument décontracté pour l’été. Façon nouages négligés chez Joseph et Jacquemus, ou façon lanières sanglées chez Balenciaga, Blumarine ou encore Chloé, chez qui on découvre un style bohème sportswear encore jamais vu! Ici et ailleurs (chez Elie Saab également), le jogging pyjama se borde de bandes verticales ultra-chic. Un must have à saisir dès maintenant!

1Rochas, Dior,  Alexander McQueen

2 Blumarine, Coach 1941, Philosophy di Lorenzo Serafini

3Chloé, Joseph, Jacquemus

4Proenza Schouler, Kenzo, Rag & Bone

Être sportswear tout en restant sexy, là est la tangente de cette saison ! Et le point de ralliement le plus évident que l’on y trouve : la résille. Ultra fine chez Maison Margiela, brute chez Vuitton ou plus douce en maille perforée chez Rykiel, Rag &Bone ou Alexander Wang, on en veut sous toutes les coutures ! Et on n’hésite pas à montrer ses épaules, comme sur les silhouettes maillesques de Kenzo & Proenza Schouler.

Pour finir ? De la fête bien sûr. Des paillettes, des couleurs, des imprimés arty… en bref on veut du rire et des sourires. Chez Marc Jacobs, on joue la carte du bleu blanc rouge clownesque, à l’américaine, avec des étoiles largement reines des podiums. Chez Lacoste, Giamba ou Max Mara. Tandis que les motifs psychédéliques et optiques de Dries Van Noten nous font de l’œil en mode seventies, les silhouettes preppy sixties gardent leur place sur le terrain des italiens Miu Miu, Prada. Entres transparences babydoll et imprimés cocasses, chez Gucci on arrive à un combo parfait de l’esprit rétro joyeux de 2016. Le tout sur fond de lurex et paillettes que l’on retrouve également chez Isabel Marant, Rykiel ou Saint Laurent. De quoi mettre en lumière les looks d’été les plus stylés.

5Sonia Rykiel, Marc Jacobs, Dries Van Noten Gucci

Vous l’aurez compris, en 2016 on dénude le corps, on souligne les formes, façon sporty-chic ou bohème zélé, mais surtout on la joue détente en tout-large avec des détails bien pensés. On n’attends plus que les beaux jours pour fêter ça !

 

Goodbye Odyssey

Animale limite bestiale, cette série mode rend grâce à l’état brut, entre douceur des fourrures et lainages, et le minimal des peaux de cuir. Un noir et blanc urbain presque apocalyptique. Matrice mag digital - Paysage Page 1 Page 2 Page 3 Page 4 Page 5 Page 6 Page 7 Page 8 Page 9 Page 10 Page 11Série publiée sur le Ô Magazine.

Photographer : Romain Hirtz

Stylist : Clémence Guillerm

MUA : Amélie Moutia

Hairstylist : Nelson Douala-Bell

Model : Fanny Sage

Un bleu sinon rien

C’est le premier jour de la Fashion Week ! Pas question de faiblir en matière de mode !

Aujourd’hui, une nouvelle obsession me taraude. M’offrir une combinaison. Et pas n’importe laquelle. Un bleu de travail ! Idée un peu saugrenue ? Pas tant que ça, si on ramène ce que cette pièce si forte peut rendre portée au quotidien.

Parce que cette lubie n’est pas nouvelle, elle a eu le temps de mûrir depuis la saison dernière, lorsque j’ai vu débarquer Ilaria Casati -mon ex boss du ELLE- en combinaison Marc Jacobs. Imaginez, fin de l’été, fraîcheur doucement revenue, un look de demi-saison idéal… Une espèce de perfection à la fois brute, pas trop large, mais assez pour laisser penser à une silhouette désinvolte, un col tailleur fin et structuré, une série de boutons centrale raffinée…

Le juste milieu entre le vintage qui a vu renaître la combi et la salopette, la tendance denim qui va nous envahir cet été, le côté sur-français patriotique et pratique de l’uniforme que je recherche souvent à développer et la beauté minimaliste de ce bleu indigo profond. Une dégaine hyper masculine que l’on va s’amuser à contraster en la portant tout comme il faut.

bleu de travail

Avec la combi intégrale de type bleu de travail, il faut jouer la féminité (in)volontaire… La pièce se suffit à elle-même, alors on mise sur l’épure et le naturel. Pour moi, ce serai une chemise délicate, de préférence à motif, que l’on prendrait soin de laisser dépasser des manches de la combi retroussées. Pour le bas de jambe, même processus, on n’hésite pas à roulotter le pantalon pour laisser deviner la cheville sur une paire de tennis, relativement épaisses pour répondre aux volumes ou une paire de sandales à talons pour jouer le contraste. Trois boutons défaits pour dégager le décolleté, une ceinture improvisée avec une lanière de cuir négligemment nouée, ou un carré de soie réinterprété, et le tour est joué pour une allure nouvelle, méga sexy.

Aujourd’hui, je crois que je suis prête, et même un peu trop. Après avoir mené ma petite enquête et trouvé un exemplaire du même genre chez Bel Air, je me suis finalement résignée à me la faire moi-même cette combi. Non non, pas de A à Z…mais pourquoi pas aller shoper un ancien bleu de travail pour le retravailler ? On réajuste, on redessine l’encolure…Allez, pari lancé. Affaire à suivre. Par ici >>

ps: si on ne trouve pas la fameuse toile bleue comme terrain de jeu, on peut aussi miser sur une intégrale en jean qui fera son petit effet !

Christine Phung : la montée en puissance d’une créatrice avant-gardiste

Un air à la CocoRosie, une spontanéité naturelle, teintée de timidité… mais surtout, une soif de création incessante. Voilà l’état d’esprit de Christine Phung. Un nom qui résume son histoire et reste le point de départ de son inspiration. C’est en effet du Cambodge que vient ce nom, tombé du ciel pour sauver son père du conflit avec les Khmers rouges en 1974. Ce dernier a offert son identité à son frère convoqué par l’armée, et pris en retour le nom d’un voisin décédé. Et Phung reprit ainsi vie, comme renaissant de ses cendres. Ce n’est pas un hasard puisque phung signifie « phénix »… Christine, elle, est née en France et n’a jamais cessé d’explorer ses racines. Elle a toujours pensé de manière identitaire son envie de composer avec le textile. « Quand tu pars, tu abandonnes tout, sauf les vêtements que tu portes. Ils sont une réelle interface entre soi et les autres, à la fois protection et représentation », explique-t-elle. Un questionnement fondamental dans ses créations, au côté de ses souvenirs d’enfance auprès de sa mère, infirmière chirurgicale. « Elle me racontait toujours qu’elle recousait des gens en petits morceaux… Je pense que c’est de là qu’est venue ma fascination pour le patchwork », dit-elle avec humour.

Christine Phung

Mais à l’époque, l’orientation n’est pas si claire. Les mises en garde d’une tante, évoluant justement dans le milieu de la mode, la poussent d’abord vers les Beaux-Arts, avant de se rendre à l’évidence : elle veut faire de l’art, appliqué à la réalité. Et qu’est-ce qui allie le travail de l’espace, du corps, du motif, la communication et la production industrielle ? Le stylisme bien sûr. « Tu peux à la fois avoir les pieds sur terre et la tête complètement dans les étoiles dans cette voie », explique-t-elle. À partir de ce moment-là, Christine n’en démord plus. C’est aux côtés des créateurs Alexandre Mattiussi (AMI) et Guillaume Henry qu’elle fait ses classes à Duperré, avant d’intégrer la session pilote de création à l’Institut français de la mode.

À 24 ans, un sondage « débile » comme elle dit aujourd’hui signe la suite de son parcours : « Si les femmes ne se lancent pas dans leur entreprise personnelle entre 24 et 34 ans, après c’est quasi impossible ». KenzoSonia RykielChristophe Lemaire, See by Chloé,Vanessa BrunoLacoste, Rossignol ou encore Baby Dior la formeront dès lors durant huit années. Assez d’expérience acquise et ses 34 ans approchant, c’est en 2011 que Christine Phung lance sa marque de prêt-à-porter.

Bête de concoursAndam

Soirée de remise des prix de l’Andam. Christine Phung, gagnante du Prix des premières collections, aux côtés de Renzo Rosso, président du groupe Only the Brave, Nathalie Dufour, consultante en Management chez Higher Ailleurs et Alexandre Mattiussi, créateur de la marque AMI. 

Pour sa première collection, la créatrice s’inspirait des profondeurs d’une mine de diamants rouges. Elle sortit la tête le temps de découvrir le Mango Fashion Awards. Premier concours d’une longue série l’ayant menée au sommet. Sa stratégie ? Se lancer dans une collection pour un concours, le gagner pour pouvoir la terminer et la proposer à un autre concours. Grâce à la bourse obtenue, Christine Phung réussit à se développer : un local de 12m², dix mannequins Stockman et deux assistantes. Une fois la collection terminée, elle la présente au Grand Prix de la Ville de Paris qu’elle remporte, et découvre l’existence du salon Designer Apartment. Une opportunité qui l’amènera à rencontrer ses premiers acheteurs potentiels. Un vrai « déclic ». Christine enchaîne sur une troisième collection tout en géométrie, inspirée des champs de culture du Nevada, qu’elle présentera au deuxième salon Designer Apartment, en 2013. Et, comme chez elle, un bonheur n’arrive jamais seul, ce jour-là, l’équipe del’Andam (Association nationale de développement des arts de la mode) est présente et lui conseille de postuler à ce concours. « Et je gagne ! », raconte-t-elle encore extatique. L’événement lui permet d’intégrer le calendrier officiel de la Fashion Week parisienne. Après une cinquième ligne très hivernale, portant sur la sérénité nocturne en montagne, Christine Phung vient de dévoiler sa collection printemps-été 2015. « L’inspiration, c’est une fille qui fait de la bicyclette sur un volcan », tweete le journaliste Loïc Prigent en septembre. Ce n’est pas une blague. Évoquant la fraîcheur de la Dolce Vita et des maillots de cyclistes par un imprimé pois teinté d’un motif volcanique, Christine bouscule une nouvelle fois les codes.

Le pli, le flou et la matière

Pour s’inspirer, au-delà de ses nombreux souvenirs de voyages, la jeune femme puise dans sa fascination pour l’architecture ou le travail de la lumière d’artistes tels queJames Turrell ou Anish Kapoor. Sa démarche de création ? Dénicher ses matières auprès de tisseurs français et particulièrement les plissés auprès de la prestigieuse maison Lognon, travailler ses imprimés, ses patchworks, et enfin établir une silhouette. « Tu fais ta matière, et ensuite c’est elle qui te dit des trucs », précise-t-elle. La créatrice façonne toujours ses tissus de plusieurs manières, explore plusieurs pistes avant de déployer ses idées, à même le buste, par la technique du flou drapé. En découlent des collections féminines « archi-couture », souvent teintées d’esprit sportswear effortless. Avant-gardiste dans sa quête de techniques, on lui a souvent reconnu ses hybridations. Chez Christine Phung, le kimono et le teddy ne cessent d’être questionnés, une parka devient une robe, une écharpe semble être une veste, un motif pixelisé se déforme une fois plissé, et les dentelles se retrouvent injectées de silicone.

Aujourd’hui, à la tête d’une équipe de dix employés dans son atelier de 35 m² du XIe arrondissement de Paris, Christine Phung est consciente d’avoir le vent en poupe et ne compte pas relâcher la pression. Vendue en France (aux Galeries Lafayette,L’Exception, Montaigne Market…), en Russie et en Nouvelle-Calédonie, la créatrice étend son style avec stratégie.

Article rédigé pour le Madame Figaro.fr

La mode est-elle féministe ?

On l’a vu récemment sur le podium Chanel, mais cela va plus loin. La mode, depuis le début du XXe siècle, a su accompagner et contribuer à l’évolution de la condition féminine. Mais est-elle féministe pour autant ?

Il y a une semaine, Karl Lagerfeld faisait manifester la femme Chanel dans les rues de Paris reconstituées pour son défilé printemps-été 2015. Au programme, des pancartes revendiquant des propos tels que « Ladies first », « Make fashion, not war », « We can match the machos », « Le genre ne veut pas dire mauvais genre », « sans femmes, pas d’hommes » ou encore « Je ne suis pas en soldes ». Un air de mai 68 remis au goût du jour pour secouer la société jugée « rétrograde » par le créateur. Une occasion de faire passer un message, ou une performance artistique en dehors de la réalité ?

S’il a pu être influencé par les propos féministes de sa mère lorsqu’il était petit – « les hommes, ce n’est pas si important que ça » relate l’AFP-, il s’inscrit dans la ligne d’un Chanel toujours  poussé par un vent de liberté protestataire. En effet, à partir du moment où Coco a investi le vestiaire masculin en 1910 pour rendre le tweed, le jersey, la marinière… mais surtout le pantalon, accessibles à toutes, le féminisme est entré plus concrètement dans l’univers du vêtement.  Les femmes ont ainsi emprunté des pièces masculines « sans se déguiser en homme, mais bien en s’appropriant leur vestiaire», explique Jean-Michel Bertrand, professeur d’histoire de la mode à l’IFM (Institut Français de la mode). Elles revendiquent la liberté de jouer avec les codes pour bousculer l’ordre des choses. Une mode qui libère la femme, lui apporte confort et praticité. Voilà en quoi Gabrielle Chanel pensait révolutionner le quotidien des femmes, sans pour autant avoir un point de vue féministe.

Si la mode a contribué à l’évolution de la situation de la femme en la libérant des corsets incontournables de l’époque pour les fameux pyjamas de ville ou de plage, elle lui a surtout donné le choix de son apparence, rappelle Valérie Taieb, historienne de la mode. S’exposer aux regards grâce aux mini-jupes de Mary Quant en 1962, prendre le contre-pied de la féminité dans les larges tailleurs pantalons d’Yves Saint Laurent en 1967, ou encore afficher sa sensualité dans les mailles près du corps de Sonia Rykiel… « Chanel a donné la liberté aux femmes. Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir » disait Pierre Bergé. Elles ont magnifié leurs personnalités au travers des vêtements, pour elles, et non pour les hommes. Grâce à ce nouveau panel de choix, les femmes ont réussi à s’émanciper. Mais n’oublions pas que la mode a toujours comporté son lot de codes, d’artifices et de stéréotypes. Les canons de beautés ont régis les tendances, avant même que celles-ci se mettent au diapason des conditions socio-culturelles. C’est en filtrant la société par son prisme esthétique et l’invention de sa femme rêvée que la mode a accompagné à sa façon le mouvement féministe.

Mais qu’en est-il du féminisme à présent ? Après ses nombreuses victoires, la forme la plus radicale du féminisme s’est quelque peu éteinte après les années 70, pour mieux revenir ces dernières années. Avec le corps comme moyen d’expression,  les derniers mouvements dit « troisième vague féministe », ont su rebondir pour contrer les inégalités et injustices actuelles (on pense aux Femens et leurs seins nus peinturlurés). Mais la mode n’est pas en reste. Le renouvellement de la marque Céline par la créatrice britannique Pheobe Philo et ses lignes androgynes en 2008, l’allusion à la souffrance des femmes pour être belle d’Alexander McQueen par ses colliers de femme girafe et ses bouches botoxées en 2009, ou encore les performances des danseuses –de toutes tailles, de toutes couleurs de peau- de Rick Owens en 2013. Dernièrement, c’est Karl Lagerfeld qui s’est emparé du sujet avec son défilé propagande. Avec ce simulacre de manifestation pour la femme, aux slogans plutôt « beaux » que profonds, le créateur a semé le malaise. La mode, du luxe, par essence ne serait pas légitime sur des propos aussi idéologiques que le féminisme souligne Jean-Michel Bertrand. En fin de compte, chaque marque doit d’abord suivre sa ligne identitaire et répondre à des questions esthétiques avant de pouvoir « parler pour parler ». Le féminisme, une tendance médiatique ? « Il y a quelque chose d’opportuniste qui est inhérent à la mode. C’est presque indécent mais on s’en fiche car ça se consomme super vite, puis ça s’oublie » pointe l’historienne Valérie Taieb.

En somme, la mode est l’un des meilleurs moyens par lequel une forme de féminisme  (la féminité) a réussi à s’exprimer jusqu’à présent. En contrepartie, la mode elle aussi a su tirer profit de ces engagements forts, pour la femme qu’elle représente. Les wonder woman, les working-girls… les femmes engagées de quelques façons, se sont retrouvées dans ces mouvements et ces inspirations de conquérantes. Et si le féminisme était devenu le nouveau « glam » ?

Article rédigé pour le Madame Figaro.fr

Défilé Chanel printemps été 2015